Des marchés de l'Arabie pré-islamique aux banques islamiques contemporaines, retour sur les grandes étapes d'une finance qui cherche à concilier économie et éthique.
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La finance islamique paraît souvent une nouveauté des dernières décennies. En réalité, ses principes plongent leurs racines dans les sources mêmes de l'islam et dans une longue tradition commerciale. Retracer son histoire, c'est comprendre qu'elle n'est pas une invention récente, mais la réactualisation d'un héritage ancien.
Les fondements aux origines de l'islam
Dès le VIIe siècle, le Coran et la Sunna posent les règles cardinales : interdiction du riba, refus du gharar et du maysir, encouragement du commerce licite et de la solidarité par la zakat. Le Prophète ﷺ, lui-même marchand avant la révélation, valorise le commerce honnête. Des contrats comme la mudaraba (commandite) et la musharaka (société de personnes) existaient déjà et furent intégrés au cadre éthique de l'islam.
Allah a rendu licite le commerce et a interdit le riba.
Coran, sourate Al-Baqara (2:275)
L'âge classique : un droit des affaires élaboré
Du VIIIe au XIIIe siècle, les juristes des grandes écoles développent un véritable droit des transactions (fiqh al-muamalat) d'une grande finesse. Les marchands musulmans, du Maghreb à l'Asie, utilisent des instruments sophistiqués : lettres de change (suftaja), chèques (sakk, à l'origine du mot « chèque »), partenariats commerciaux. Cette économie marchande, fondée sur le partage du risque plutôt que sur l'intérêt, irrigue alors une vaste aire de prospérité.
Le recul à l'époque coloniale
À partir du XIXe siècle, l'expansion coloniale et la diffusion du système bancaire occidental fondé sur l'intérêt marginalisent ces pratiques. Les économies des pays musulmans s'alignent largement sur le modèle conventionnel. Le cadre éthique islamique survit dans les consciences et la jurisprudence, mais perd sa traduction institutionnelle dans la finance dominante.
La renaissance contemporaine
Le renouveau s'amorce au milieu du XXe siècle. Une expérience pionnière souvent citée est celle des caisses d'épargne de Mit Ghamr, en Égypte, dans les années 1960, inspirée d'un modèle mutualiste sans intérêt. La décennie 1970 marque un tournant : création de la Banque islamique de développement et apparition des premières banques islamiques commerciales, portées notamment par le contexte économique du monde musulman.
- Années 1960 : expériences mutualistes pionnières, dont Mit Ghamr en Égypte.
- Années 1970 : naissance des premières banques islamiques et de la Banque islamique de développement.
- Années 1990-2000 : essor des sukuk (titres adossés à des actifs) et internationalisation.
- Aujourd'hui : un secteur mondial pesant des milliers de milliards de dollars, présent jusqu'en Europe.
Un mouvement toujours en construction
Depuis les années 2000, la finance islamique s'est structurée avec des organismes de normalisation, des indices boursiers conformes à la charia et une offre qui dépasse le monde musulman. Elle suscite aussi des débats internes : certains savants s'interrogent sur la conformité réelle de produits qui imitent parfois de trop près la finance conventionnelle. Loin d'être figée, elle demeure un chantier vivant, en quête d'une fidélité toujours plus exigeante à ses principes.
En France, des associations comme 100 R.I.B.A. participent à cet effort de pédagogie et de promotion d'une finance débarrassée du riba, accessible et fidèle aux valeurs de l'islam. L'histoire de cette finance n'est donc pas close : elle s'écrit aussi ici, aujourd'hui.
Cet article est proposé à titre pédagogique. Il ne constitue pas un avis juridique religieux (fatwa) ni un conseil en investissement. Pour votre situation, rapprochez-vous d'un savant qualifié ou d'un professionnel.